Hier matin, la gare maritime de Lorient est pleine. Il est 10 h. La plupart des voyageurs en partance sont les membres d'une école de danse bretonne de Locoal-Mendon. Ils ont choisi Groix pour une promenade dominicale. Ils ont réservé leur billet, tarif groupe, auprès de la Société morbihannaise de navigation (SMN) ancienne gestionnaire des lignes régulières pour le compte du conseil général.
En janvier, suite à un appel d'offres, elle a été évincée, au profit d'Océane, une filiale de Véolia. Or, la SMN n'a pas voulu s'avouer vaincue. Elle a décidé de lancer ses propres lignes au départ des îles, à la belle saison. Les rotations ont déjà démarré entre Belle-Ile et Quiberon. Pour Groix, dimanche était une première.
Mais, on ne peut pas dire que la cohabitation soit, pour l'instant, très chaleureuse. « Nous avons demandé à Océane de disposer d'un guichet pour la billetterie et l'accueil, à l'intérieur de la gare maritime. On nous a proposé un si petit espace que nous avons refusé. Nous n'avons pas le droit, non plus, d'installer un local, à l'extérieur, aux abords du bâtiment », explique Philippe Gouret, directeur technique de la SMN. À la différence de Quiberon et de Belle-Ile, où la SMN a loué des bureaux proches de l'embarcadère.
« Les choses vont se tasser »
Les premiers passagers du Lorient-Groix de la SMN n'ont pas pu emprunter le circuit habituel pour se diriger vers le quai. Ils ont dû passer par l'extérieur de la gare, dûment accompagnés d'une guide, portant une pancarte SMN.
Juste avant, les usagers de la ligne Océane ont embarqué sur le Kreiz-Er-Mor. Le Béniguet de la SMN a dû attendre en rade que le bateau « officiel » fasse route, pour avoir le droit d'accoster. Michel Grandlaudon, Le capitaine du Béniguet, marin de la compagnie Navix, basée à Vannes (des accords ont été passés avec la Morbihannaise) se veut philosophe : « Les choses vont se tasser avec le temps. Nous, les marins des différentes compagnies, nous nous connaissons tous. Le fait d'avoir plusieurs lignes pour un seul trajet, permet de capter une clientèle dite volatile, qui ne veut pas toujours s'embarrasser d'une réservation. »
Il évoque une situation identique dans le Finistère, entre la Pen Ar Bed, ligne publique et Finismer, ligne privée pour rallier Ouessant. Au départ, cela ne s'était pas passé sans heurts. « Aujourd'hui, la première affrète des bateaux de la seconde pour renforcer le trafic à la belle saison. »
Tout de même, Philippe Gouret espère que sa société pourra, prochainement, bénéficier d'infrastructures tant à Groix qu'à Lorient. Il attend le prochain conseil portuaire pour clarifier les choses.
Point positif : à son arrivée à Groix, le Béniguet a été bien accueilli. Si l'on excepte quelques curieux, il n'y a pas eu de manifestation négative quand le groupe de Locoal-Mendon a débarqué à Port-Tudy. En effet, l'annonce de la concurrence de la SMN sur les eaux d'Océane, labellisée par le conseil général, avait suscité des réactions peu enthousiastes. En tout cas, une chose est sûre, la Morbihannaise n'entend pas lâcher le morceau.
Françoise ROSSI.